Archives mensuelles : août 2016

confidente

Quelle est la réaction des hommes quand ils sont compris et acceptés?

La plupart des hommes sont, à certains moments, terrorisés à l’idée de ne pas être « à la hauteur ». Ils savent où se situent leurs faiblesses et pourraient même dresser la liste de leurs manques les plus flagrants. Difficile, lorsqu’on connaît à ce point ses limites, de conserver toute son assurance. Or les hommes sont capables de se juger beaucoup plus sévèrement qu’ils ne le laissent voir aux femmes. Lorsqu’un homme est convaincu que sa compagne l’accepte profondément, il en retire une énergie incroyable : il se sent aimé et sait qu’elle l’aime. Tout homme, même s’il ne peut pas le dire à une femme, a besoin de ressentir cela. Les hommes qui se savent acceptés totalement et avec amour deviennent de plus en plus réceptifs. Ils sont moins méfiants et baissent leur garde, redoutent moins d’être jugés durement et taxés de faiblesse. Tout homme craint de ne pas avoir les qualités ou les compétences requises. Son souci majeur étant de ne pas se sentir inférieur, être accepté tel qu’il est le valorise totalement. L’homme se montre alors plus expansif et se dévoile davantage. Quant à la femme qui l’accepte pleinement, elle trouvera sa récompense dans la force de l’amour qu’il lui témoigne alors. 

La confidente 

Gérard, trente ans, administrateur d’un centre culturel municipal, relate sa première rencontre avec Maryse, vingt-sept ans, assistante d’un important collectionneur d’art assez âgé. Ils firent connaissance à l’occasion d’une vente aux enchères organisée pour une œuvre de charité : ils s’étaient tous deux portés volontaires pour faire partie du comité. Chargés de s’occuper ensemble d’une partie de l’organisation de la vente, ils se retrouvèrent devant un café pour discuter le plan. « Au bout d’un quart d’heure seulement, nous étions d’accord. Elle se montra très spontanée et encourageante, me disant : “ Quelle bonne idée ”, et faisant aussi des suggestions. Devant sa chaleur, sa bonne humeur et son rire, je me sentis charmant et intelligent. Elle me posa des questions sur moi, où j’étais allé en classe, et nous avons commencé à parler de nous. « En y repensant, je peux dire à quel moment précis cela devint autre chose qu’une conversation polie entre deux personnes engagées dans une affaire et où j’éprouvai l’envie de sortir avec Maryse. Nous découvrîmes que nous avions un ami commun, un homme qui avait plutôt la réputation d’être de caractère difficile et de ne jamais se montrer deux fois de suite avec la même femme. J’avais commencé à le dénigrer, l’accusant de profiter des femmes, lorsqu’elle m’interrompit pour dire : “ J’ai le sentiment qu’il ne s’est pas encore remis de ce qui lui est arrivé il y a deux ans. ” Elle me raconta qu’il avait été fiancé à une femme qui l’avait brutalement laissé tomber pour quelqu’un d’autre. Elle me parla de deux occasions où cet homme s’était mis en quatre pour aider des gens et m’en brossa un tableau beaucoup plus sympathique. Ce qu’elle en dit démontrait tellement de compréhension et de compassion, voyant ce qu’il y avait de bien chez quelqu’un que la plupart des gens critiquaient sans même le connaître! Et elle commença à discuter de la dureté et de la difficulté des rapports entre hommes et femmes de nos jours. Je me surpris en train de lui raconter ma dernière liaison sérieuse et ce qu’elle m’avait appris. Nous avons parlé jusqu’à près de minuit. Lorsque je la raccompagnai à sa voiture, je lui demandai de dîner avec moi le lendemain. En conduisant, je me rendis compte que c’était là une femme avec laquelle j’avais envie de passer du temps. Elle était chaleureuse, ouverte, le type même de personne qui me donne vraiment envie de me confier. J’ai l’impression que nous allons nous voir beaucoup. » 

Parlons un peu « alchimie ».

Trop souvent, les hommes et les femmes ne se rendent pas compte avec quelle rapidité ils forgent leurs impressions. Le cas de Gérard montre bien que, très tôt, un homme peut savoir qu’une femme pourra devenir une confidente. Nous pensons, à tort, que l’attirance physique est toujours le catalyseur initial de notre processus « alchimique ». Et pourtant, le sentiment que nous avons véritablement besoin de l’autre et que nous réagissons face à lui peut constituer l’étincelle qui rapproche un homme et une femme. Gérard sentit que Maryse pouvait l’accepter et c’est ce qui, à l’évidence, était le plus important à ses yeux. Martine, elle aussi, est devenue la confidente d’un homme. C’était le premier anniversaire de mariage de Martine et Bernard. Après le dernier toast porté à leur mariage par leurs amis, Martine entoura de ses bras Andrée et Jean, ses meilleurs amis. Tous trois regardaient l’ensemble des invités, la maison et Bernard. Martine dit alors en souriant : « Je dois vous remercier tous les deux pour tout cela. — Une minute, répondit Jean, nous t’avons donné un conseil, mais c’est toi qui l’as mis en pratique. » Un an et demi plus tôt, Martine en était arrivée à un point de désespoir proche du suicide à la suite d’une liaison passionnée et intense avec Laurent, un restaurateur. Il n’avait plus appelé ni répondu à ses nombreux coups de fil. Martine s’était sentie humiliée, rejetée. Elle se rappelait toutes les relations décevantes, de trois semaines ou de deux mois, qu’elle avait eues dans le passé, et, ce qui la désespérait, c’est que cette dernière liaison et ce rejet brutal ne lui semblaient qu’une triste répétition de tous les autres. L’idéalisation, l’excitation, la passion et, pour finir, la fuite de l’homme. Elle s’arrêta chez ses amis en revenant de son travail et se retrouva en larmes, demandant, pour la première fois de sa vie, qu’on l’aide. Andrée et Jean, cette nuit-là, lui parlèrent d’une manière sincère et même dure par moments. Jean lui dit : « Chaque fois que nous te présentons un type honnête et sympathique qui désire une famille, tu nous appelles le jour suivant pour nous dire : “ Il est gentil mais ennuyeux ”, ou “ il n’était pas excitant ”, ou bien “ il n’était pas assez amusant. ” » Ce fut au tour d’Andrée : « Quand tu nous parles de tes rencontres, tout ce que tu nous en dis, c’est que ce sont des hommes qui ont réussi, qu’un tel t’a amenée dans tel restaurant, qu’il est formidable au lit, rien qui touche au plaisir d’être bien avec quelqu’un, de se sentir proche de lui. » Jean poursuivit : « Et quand nous t’invitons avec un de ces types, tu te comportes d’une manière très différente de celle qui est la tienne quand tu es seule avec nous. Tu te montres théâtrale, coquette, aguichante, tu joues vraiment les séductrices. Ça peut plaire à un homme, pendant un temps, mais à plus long terme il veut quelqu’un avec qui il puisse parler franchement. » Martine ne changea pas du jour au lendemain. Ses comportements d’échec et ses attitudes envers les hommes ne s’étaient pas non plus construits en un jour. Martine était efficace et agressive dans son travail, très simple dans ses rapports avec ses amis, hommes ou femmes, et pourtant dans une relation amoureuse elle adoptait une attitude sentimentale ou coquette qu’elle avait intériorisée profondément pendant son enfance et qui lui venait de sa mère. Après cette crise, elle comprit qu’elle devait apprendre à être une amie même en amour. Après avoir rencontré très brièvement des hommes qui ne l’intéressaient pas vraiment, elle fit la connaissance de Bernard lors d’un tournoi de volley-ball. C’était exactement le type d’homme qui l’avait toujours attirée auparavant ; dynamique, séduisant : tout lui réussissait. Elle se sentit immédiatement conquise. Mais, au cours de leur première conversation et lorsqu’ils se virent les premiers temps, elle s’obligea à lui parler d’une manière directe et naturelle, correspondant à la décision qu’elle avait prise de changer d’attitude, et ne se servit pas de ses atouts sexuels comme elle le faisait auparavant. Elle fut très satisfaite de sa nouvelle manière d’agir et de la lenteur qu’elle imposait à cette relation, mais, malgré toute sa bonne volonté, elle ne put s’empêcher de penser à lui et de fantasmer à son sujet d’une manière pratiquement obsessionnelle. Et, à partir du moment où ils devinrent amants, Martine retomba dans ses vieilles habitudes : elle devint le stéréotype de la femme, et même de la femme infantile. La réaction de Bernard la stupéfia. Peu de temps après qu’ils furent devenus amants, il l’interrompit brutalement, alors qu’ils étaient allongés après avoir fait l’amour, au milieu d’une de ses plaisanteries frivoles, lui disant, d’une voix irritée : « Peut-être devrions-nous redevenir de simples amis, Martine. Nous sommes en train de jouer un jeu qui très franchement ne me séduit plus du tout. » Martine se sentit tout de suite humiliée et blessée : elle eut l’impression qu’il la rejetait comme tous les autres l’avaient fait avant. Elle était prête à sauter hors du lit et à rentrer chez elle, mais Bernard la prit dans ses bras et la serra contre lui. « Parlons », proposa-t-il. Au cours de la longue conversation qui s’ensuivit, il lui raconta qu’il avait vécu de nombreuses passions tumultueuses avec des femmes et des relations physiques très intenses, mais qu’il était fatigué de tout cela. Il lui parla aussi de la pression constante qui pesait sur lui dans son travail et lui dit qu’au point où il en était arrivé la dernière chose qu’il désirait dans une liaison était de se sentir obligé de jouer les romantiques échevelés. « Ce qui m’a séduit dès notre première conversation pendant le tournoi de volley-ball, lui dit-il, c’est que j’avais l’impression qu’avec toi je pouvais me détendre et être moi-même. » Martine dut renoncer à ses fantasmes les plus profondément ancrés, à ne plus faire d’un amant un sauveur, un Prince Charmant. Cela exigea d’elle une adaptation psychologique difficile. Mais elle y parvint grâce aux encouragements et au soutien de Bernard. Bernard a trouvé en Martine une femme à qui il peut se confier, une femme dont il a envie d’être encore plus proche. Martine de son côté, grâce aux liens nouveaux et différents qu’elle a maintenant avec Bernard (elle est devenue sa confidente, son appui et son amie), a trouvé en lui un amour profond et durable.

Être soi-même en face d’un homme.

Il existe encore beaucoup de femmes qui pensent qu’elles attireront à elles un homme en étant coquettes. Elles peuvent bien sûr retenir son attention, ou exciter sa curiosité, mais il s’ensuivra rarement une relation profonde. Les hommes se fatiguent de ces jeux beaucoup plus rapidement que la plupart des femmes ne le pensent. . Des hommes comme Bernard recherchent essentiellement le naturel chez une femme. Comme nous l’avons si souvent dit dans cet ouvrage, il n’est pas facile de briser certains comportements construits par toute une vie. Cela suppose d’abandonner ce qui nous est familier pour aller vers ce qui est inconnu et peut échouer. Mais, même ainsi, le jeu en vaut la chandelle. Naturellement, cela peut bouleverser n’importe quel homme au début, mais en fin de compte ce qu’il veut, c’est une confidente, quelqu’un avec qui il puisse être lui-même sans avoir à « jouer un rôle ». 

Accepter l’Autre 

Chaque fois qu’elle venait pour sa séance hebdomadaire, Anne- Marie parlait d’un nouvel homme. A trente-trois ans, elle dirigeait sa propre entreprise de décoration intérieure. Elle possède un esprit créateur et une intelligence exceptionnels, montrant une grande lucidité tant en ce qui la concerne que pour les autres. Dans son domaine où la concurrence est extrême, Anne-Marie doit une grande partie de sa réussite à ses qualités relationnelles : elle sait se vendre et vendre ses idées, toujours originales. Son sens du contact et son extrême acuité ne disparaissaient pas lorsque Anne-Marie avait une liaison. Elle y faisait preuve de sa bonne connaissance des motivations professionnelles des hommes et de leur besoin d’être compris. Compte tenu de son extraordinaire sens de l’humour et de sa capacité à mettre un homme à l’aise, il ne lui était pas difficile de les attirer. Chaque fois qu’elle faisait connaissance d’un homme nouveau, elle se mettait à parler avec enthousiasme de ce qu’il avait accompli et du merveilleux moment qu’ils avaient passé ensemble. Ses espérances semblaient parfaitement naturelles : « Comment savoir, disait-elle, peut-être que cette fois-ci ça marchera. » Mais invariablement, après quelques semaines, elle parlait d’une nouvelle rencontre. « Le dernier était devenu ennuyeux », disait- elle, ou « il n’était pas sûr de lui », ou « il ne présentait aucun intérêt » ; elle ajoutait : « Peut-être a-t-il rencontré quelqu’un d’autre, mais de toute façon cela n’avait pas accroché entre nous. » Lorsqu’elle commença sa thérapie, Anne-Marie déclara qu’elle voulait véritablement s’engager de manière durable mais, les entretiens se multipliant, il apparut que soit une relation continue ne l’intéressait pas vraiment — qu’elle voulait encore « jouer » —, soit qu’elle était trop perfectionniste et rejetait les hommes les uns après les autres comme n’étant pas assez bien pour elle. Ce n’est qu’après avoir étudié attentivement son comportement pendant plusieurs mois que se dégagea sa conduite d’échec. Il s’avéra que, malgré toutes ses allégations concernant son désir d’une relation durable, Anne-Marie était profondément cynique vis-à-ÿis de l’amour. Elle séduisait un homme, puis, arrivée à un certain point, elle s’arrêtait, craignant d’être blessée ou rejetée. Alors qu’elle se montrait chaleureuse et compréhensive, elle devenait en même temps coupante et sarcastique. Troublé par ces messages contraires, l’homme l’abandonnait. Elle l’intimidait et il ne pouvait pas être sûr de l’affection qu’elle semblait lui témoigner. L’agressivité d’Anne-Marie était tellement bien travestie qu’elle- même n’en avait pas conscience. Un mélange de colère, non encore assumée, contre ses parents et de ressentiment vis-à-vis des hommes qui avaient la haute main sur le monde des affaires constituaient le fond de cette agressivité. La mère d’Anne-Marie avait été une idéaliste romanesque. Son désir de construire une vie de famille pleine de chaleur et d’affection avait été peu à peu saboté par son mari qui, après avoir connu plusieurs faillites, était devenu amer et cynique. Enfin, Anne-Marie avait été un garçon manqué et, dès son adolescence, elle avait décidé de devenir une femme d’affaires dure et intraitable ; elle avait toujours lutté contre les rêves romantiques profondément ancrés en elle. Elle ne voulait pas devenir la réplique de sa mère, déçue et victime. Elle prit conscience de ce que son grand sens de l’humour, son ironie et ses sarcasmes lui servaient à masquer son idéalisme et sa vulnérabilité. En fait, elle s’en servait pour maintenir les hommes à distance. Elle a maintenant une relation saine avec Luc, dessinateur commercial, aussi sensible, intelligent et créatif qu’elle ; elle a fixé son choix sur un partenaire qui était son égal. Anne-Marie est tout aussi drôle et vive avec Luc qu’elle l’a toujours été avec les autres hommes. Mais, cette fois, cynisme et causticité sont pratiquement absents de la relation. Comment réussit-elle à casser les vieux schémas dans cette nouvelle relation ? Anne-Marie répond qu’elle a essayé de garder présent à l’esprit, dès le début, qu’il ne s’agissait pas d’avoir le beau rôle en rabaissant Luc, que le but n’était pas de « gagner ou de perdre » dans cette bataille contre les hommes, car tous deux seraient alors perdants. « Il fallait donc que je sois aussi gentille, compréhensive et prête à lui pardonner comme je voulais qu’il le soit à mon égard… suivant la règle d’or : “ Faites aux autres… ” Je devais accepter ses faiblesses et dévoiler les miennes, le laisser me connaître, ce qui n’est pas si simple. » Quant à Luc, il dit : « J’estime sa perspicacité à mon endroit et à celui de notre couple. Elle connaît les hommes et elle me connaît. Elle sait exactement ce que je suis et ce que je ne suis pas, mais n’importe, elle m’aime. Avant elle, j’ai toujours eu le sentiment que les femmes ou bien m’idéalisaient pour satisfaire leurs aspirations romanesques, ou bien étaient tellement réalistes qu’aucun romantisme n’était possible. Maintenant nous vivons un mélange des deux et nous nous acceptons mutuellement tels que nous sommes. » 

Être franche sans être mordante.

On peut utiliser l’humour et la perspicacité comme moyens de défense, pour maintenir quelqu’un à distance. On peut s’en servir d’une façon plus positive pour communiquer son intérêt et sa compréhension. Anne-Marie a appris à utiliser son esprit aiguisé et sa lucidité en les enveloppant de gentillesse et de sensibilité. Des hommes comme Luc sont attirés par des femmes qui disent la vérité, qui n’ont pas peur de les défier et d’être franches. La plupart des hommes aiment les femmes qui communiquent avec eux d’une manière directe et libre, à condition que cela ne s’accompagne pas de l’aiguillon acéré du jugement. Cela reste vrai même lorsqu’une femme commente certains aspects négatifs du comportement de l’homme, si la critique semble justifiée et ne dissimule pas une attaque contre lui. En réalité, les hommes sont incroyablement intrigués par la femme qui les perçoit, surtout ceux qui n’ont pas peur de faire entrer dans la relation leurs commentaires de façon directe et drôle. La majorité des hommes, sans l’avouer, n’aime pas s’en tirer à bon compte avec une femme lorsque leur conduite n’est pas satisfaisante et, si elle dissèque leur comportement, avec justesse mais sans les juger, ils adorent ça. Leur plaisir vient alors du sentiment qu’ils ont d’être connus et acceptés par elle.

RECONNAÎTRE QU’UN HOMME A BESOIN D’ÊTRE ACCEPTÉ

Les hommes trahissent fréquemment, par des voies détournées, leur envie d’être compris et acceptés. Ils peuvent se sentir gênés ou mal à l’aise lorsqu’il s’agit pour eux de verbaliser ce désir profond et ambigu, car cela ne leur semble pas « masculin ». Mais ils recourent à des indications voilées : c’est le cas, par exemple, de l’homme qui fait un commentaire admiratif sur les couples qui se parlent « à cœur ouvert » ou qui mentionne avec envie les hommes qui ont épousé des femmes qui « les comprennent vraiment ». Il est possible aussi qu’il se confie à son frère, à sa sœur ou à sa mère. Il peut être en quête d’une amie à qui parler, peut-être même une de vos amies proches. Autant d’indications qu’il a besoin d’une compréhension plus profonde que celle qu’il trouve chez vous. Pourtant, il préférerait de loin se confier à la femme qu’il aime, mais ne s’en sent pas capable. Lorsque nous nous montrons à nu et sommes incompris ou lorsque nous nous sentons subtilement et légèrement méprisé ou qu’on ne nous prend pas au sérieux, cela peut être catastrophique. C’est pour se protéger de ce type de blessure que les hommes ne parlent pas de façon directe ou se confient ailleurs. Quels désirs, sentiments et peurs, un homme souhaite-t-il pouvoir vous avouer? Nous l’avons déjà mentionné, ce dont les hommes ont sans doute le plus besoin de parler et c’est essentiel pour eux, c’est de leur travail. Constat répétitif, sans doute, mais en évoquant leurs problèmes de travail, les hommes cherchent à les résoudre — c’est souvent ennuyeux et parfois interminable. Ils ont besoin de raconter leurs rêves et leurs objectifs, leurs conflits et leurs frustrations. Il leur importe de pouvoir dévoiler leurs insécurités et leurs doutes les plus profonds tout autant que de partager leurs succès. A un tournant de sa vie, un homme désire faire le point, révéler son impuissance face à ses désillusions et la frustration qu’il éprouve s’il ne sait que faire. La plupart des hommes, à un moment ou à un autre, ont le sentiment d’avoir perdu tout intérêt pour leur travail et ils en ressentent une angoisse et une culpabilité profondes. Ils peuvent rêver de tenter autre chose, être anxieux de vieillir ou d’être physiquement diminués, avoir l’impression d’être « passés à côté » et ne pas avoir accompli le destin espéré. Ces inquiétudes sont celles de tous les hommes. Il est un autre domaine qu’ils peuvent avoir envie d’aborder mais – souvent sans savoir comment : celui de la sexualité. Les hommes, tout comme les femmes, peuvent douter de leurs qualités d’amants et se poser des questions sur leur niveau de satisfaction mutuelle. Un autre sujet dont les hommes parlent peu : leurs amis. C’est regrettable, mais la plupart des hommes ont peu d’amis. Des relations, oui. Des amis, non. Les hommes éprouvent plus de difficultés à se faire des amis lorsqu’ils sont adultes, car ils se sentent moins à l’aise que les femmes dans le domaine affectif. Ce n’est pas sans tristesse que les hommes pensent aux amis qu’ils aimeraient avoir, mais ils ont du mal à s’en ouvrir, comme s’ils devaient se passer d’amis, se suffire à eux-mêmes. En outre, la majorité des hommes éprouve fortement le besoin de rencontrer un partenaire et un égal. Ils aimeraient ne plus se promener dans leur armure. Pour eux, leur partenaire féminine est une âme sœur, une compagne et une alliée pour affronter les inévitables luttes et souffrances de la vie. Chaque homme souhaite la constance de l’amour et l’acceptation par l’autre, désire avoir à côté de lui une amie attentionnée et compatissante qui l’aime et croit en sa valeur malgré les erreurs qu’il commet ou malgré ses manques.

COMMENT FAIRE NAÎTRE LA CONFIANCE

Comment encourager la confiance d’un homme? Ne s’agit-il pas d’une chose qui est ou n’est pas ? Existe-t-il vraiment un moyen de faire qu’un homme se sente plus libre et s’ouvre à vous de ses sentiments? Oui, si vous en décidez ainsi, vous pouvez aider un homme à s’exprimer plus librement, plus ouvertement. La clé réside dans la lente croissance de la confiance. Pour que nous ayons vraiment confiance en quelqu’un, nous devons tous être sûrs qu’il nous aime malgré nos défauts, nos manies et nos limites. En fin de compte, ce qu’espère un homme, c’est que vous soyez avec lui tel qu’il est, et non avec l’homme de votre imaginaire, qu’il n’est pas. Beaucoup de femmes ont réellement du mal à abandonner les représentations idéales qu’elles ont des hommes. Certaines ont peur, si elles y renoncent, de perdre quelque chose d’important : d’une certaine façon, elles auraient « accepté ». En réalité, cela fonctionne complètement en sens inverse. Lorsqu’un homme ne se sent plus obligé d’être conforme à des normes impossibles à atteindre, il devient plus facilement lui-même. Il ne cache alors ni ses aspérités ni sa douceur, ni ses peurs ni ses rêves, ni ses faiblesses ni ses forces. Il peut s’engager dans la relation totalement. C’est alors une expérience enrichissante pour tous les deux. Si elle le veut, une femme peut agir de façon spécifique pour encourager la confiance, mais il faut à celle-ci du temps pour grandir ; ne cherchez pas des résultats immédiats : Faites comprendre à l’homme qui vous intéresse que vous avez envie d’en savoir davantage sur ce qu’il ressent et ce qu’il pense. Soyez réceptive ; cela consiste à se montrer constamment affectueuse et prête à l’écouter, et non à le surveiller à tout instant. Quelques phrases ne suffisent pas à traduire votre réceptivité, mais souvent les mots sont une première étape. Faites-lui comprendre qu’il peut tout à fait se confier à vous. Prendre le temps de parler lorsque vous êtes tous deux détendus, qu’aucune pression ne pèse sur vous et que vous ne serez pas interrompus, facilite les choses. Exprimez votre intérêt pour ses projets, ses rêves d’avenir et les obstacles qu’il devrait surmonter. Montrez-lui que vous devinez qu’il y a certainement beaucoup de choses dont il n’a jamais parlé, des sujets que vous n’avez jamais discutés ensemble, et que vous souhaitez l’écouter, lui parler et le connaître plus complètement. Se sentir compris, c’est se sentir aimé. L’acceptation qui encourage la confiance et la communication fonde toutes les relations épanouissantes.

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La pulsion vers l’autonomie

L’autonomie est un élément essentiel du facteur de Polarité : l’indépendance commence lors de la séparation du garçon d’avec sa mère. Mais, chez l’homme, le besoin d’autonomie dépasse bientôt ce cadre : il devient un but en soi. La quête de l’autonomie prend alors une valeur et un sens propres. Les pensées d’un homme sont dominées par son besoin de s’engager dans des activités qui lui procurent le sentiment d’être fort et vivant, ainsi que par son besoin d’éviter les situations porteuses d’une menace de faiblesse ou d’impuissance. La plupart des hommes sont attirés par l’action et abhorrent la passivité. Alors même que chaque homme conçoit la force et la virilité de manière totalement différente, il existe un élément commun, à savoir le sentiment de puissance ou d’« efficience », c’est-à-dire la capacité d’influencer ou de marquer son environnement. Indépendamment des chemins spécifiques qu’ils empruntent pour y parvenir, la plupart des hommes cherchent à accéder à plus d’efficacité. Quand ils y arrivent, ils se sentent plus « masculins ». Pour les hommes, l’autonomie, la capacité de s’épanouir dans l’indépendance sont la base même de leur « masculinité ». Cela ne signifie pas que les hommes doivent être seuls pour se sentir « virils ». Néanmoins, ils éprouvent ce sentiment en dehors du contexte amoureux, à l’exception du domaine de la sexualité. Les hommes définissent la « masculinité » en termes de travail et d’action, vécus en fin de compte comme s’ils étaient seuls. 

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Se montrer courageux.

Dès leur petite enfance, les garçons apprennent de leurs compagnons et de leur père — leur premier modèle d’homme à avoir honte de leurs peurs et à ne pas en tenir compte. Ce qui est en opposition totale avec l’expérience des filles à qui l’on apprend, de manière plus réaliste, que la peur se justifie dans certaines circonstances et qu’il est parfaitement acceptable tant de la reconnaître que de l’exprimer. Depuis l’adolescence et tout au long de leur vie, les questions de force, de courage et de compétition restent toujours présentes à l’esprit des hommes. La plupart d’entre eux gardent de leur adolescence des souvenirs très vivaces : ne pas avoir relevé un défi lancé par un autre garçon, « avoir eu peur » pendant une bagarre, comparé, en secret ou ouvertement, la taille de leur pénis au vestiaire. Parfois, ils se rappellent ces expériences avec amusement, mais, à d’autres moments, le souvenir leur en revient teinté encore d’anxiété et de gêne. Ce sont elles qui donnent au garçon la première image de sa « masculinité ». La compétition et la comparaison constituent les critères de base sur lesquels se mesure la virilité. Les garçons désireux d’entrer dans la compétition se projettent en images viriles. Le garçon qui a peur de relever un défi, qui est timide ou qui évite la compétition, est taxé de « mauviette ». Dans les sociétés primitives, le mâle, dans l’enfance, s’initiait aux techniques de la chasse afin de se préparer à son passage à l’âge adulte : l’initiation consistait à chasser et tuer un animal réputé dangereux. De nos jours, les tests de courage et de force, en règle générale, ne mettent plus vraiment la vie en jeu — à l’exception des concours sauvages de vitesse (automobiles) et des affrontements auxquels se livrent les gangs de jeunes dans les grandes métropoles. Le plus souvent, ces épreuves sont limitées au terrain de sport. Mais, alors même que les occasions de tester leur courage physique et moral sont plus restreintes à l’heure actuelle, le besoin et le désir chez les jeunes gens d’être durs ont peu diminué. L’énorme popularité des films d’aventure et d’action, et des programmes télévisés du même type, le prouve bien. Par exemple, le film Rocky incarne le rêve de l’opprimé qui triomphe sur le ring. Rambo élimine une nation entière à lui tout seul. Clint Eastwood et Charles Bronson ont fondé leur carrière cinématographique sur le rôle du vengeur solitaire qui triomphe de hordes de truands. La liste impressionnante de films qui mettent l’accent sur le succès et la revanche, que ce soit dans le cadre du sport, de la guerre ou des bagarres de rue (flics contre criminels), montre bien le besoin qu’a l’homme de transcender son sentiment d’impuissance. Chaque homme aimerait se convaincre qu’il peut toujours être « à la hauteur » en toute circonstance, faire face au défi et gagner. De fait, les garçons ne « choisissent » pas d’être forts, ils en ont besoin. Cette pulsion constante les aide à surmonter leur sentiment de faiblesse ou d’impuissance. Elle les endurcit, les aide à mieux définir leur virilité et les prépare aux difficultés à venir. 

Le besoin de gagner.

L’un des exemples les plus finement présentés et les plus poignants de l’importance que revêt pour l’homme la réussite ou l’échec est donné par l’archétype de la tragédie américaine : Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller. Son protagoniste, Willy Loman, touche les cœurs et réveille la peur des hommes qui sont témoins de sa lutte douloureuse. Bien que sa femme insiste auprès de ses fils sur le fait que leur père « mérite leur attention », malgré tous les efforts que fait Willy pour les convaincre tous qu’il n’est pas seulement aimé mais « bien aimé », nous savons qu’à cause de son échec professionnel c’est un homme fini. Au cours de nos entretiens thérapeutiques avec des hommes, nous découvrons que, quel que soit leur degré de réussite, ils sont obsédés par le spectre de l’échec. Et nous avons l’impression que les hommes sont beaucoup plus motivés par leur peur de l’échec que par le désir de réussir ! Depuis la petite enfance, l’accent mis sur la réussite est d’importance primordiale dans la vie d’un jeune garçon. Les filles reçoivent des messages contradictoires pour ce qui est de la réussite ou de l’ambition professionnelle, mais, dans le cas des garçons, il n’existe aucune ambiguïté quant à la nécessité pour eux d’être économiquement indépendants et, qui plus est, en mesure de faire vivre une famille. Un garçon sait, depuis l’enfance, qu’il passera toute sa vie adulte à travailler et, dans une certaine mesure, à être jugé d’après sa réussite. Les hommes pensent que les femmes ne comprennent pas leur besoin de réussir et d’être forts. Alors même qu’ils ont entendu le message du féminisme et ce qui a été dit du « nouveau mâle », ils persistent à croire que les femmes les jugent comme partenaires potentiels en fonction de critères traditionnels : plus un homme réussit, plus il séduit les femmes. Dans une large mesure, c’est vrai. La réussite professionnelle d’un homme, son revenu et les choses qu’il a accomplies sont au rang des priorités qui, pour beaucoup de femmes, déterminent le choix d’un amant ou d’un partenaire. Le message constamment perçu par les garçons puis par les hommes est le suivant : réussis dans ton travail et tu auras tout le reste. Compte tenu de l’énorme pression sociale pesant sur les hommes pour qu’ils deviennent des « gagnants », il n’est pas surprenant qu’ils accordent une telle importance à leur travail, souvent au détriment de leurs relations personnelles. Henri, trente-deux ans, directeur d’entreprise, l’exprime tristement en ces termes : « Je sais que mes enfants viennent en premier, bien que j’aie comme l’impression qu’il s’agit davantage d’un vœu pieux que d’une réalité. Mais j’ai conscience que mon mariage vient après ma carrière. J’aimerais qu’il en soit autrement, mais la barre est placée trop haut pour que je puisse me permettre de la lâcher des yeux. » Nous soumettons ces observations aux femmes, non pour leur suggérer d’être indulgentes envers l’homme obsédé par son travail au point d’en oublier leurs besoins, mais plutôt pour expliquer quelles sont les forces souterraines qui motivent les hommes. Nous sommes convaincu que les femmes qui sont heureuses avec un homme sont celles qui comprennent véritablement le pouvoir de ces forces. 

Le besoin de jeu.

On décrit souvent les hommes comme n’étant au fond que des gamins, obsédés par l’envie de s’acheter des « jouets » et entièrement pris par toutes sortes de jeux, depuis les clubs de football amateurs jusqu’aux sports professionnels, sans oublier les « bonnes blagues ». Cela est parfois exprimé sur un ton méprisant, comme si les hommes mûrs étaient une exception. Il n’en demeure pas moins que non seulement les hommes ont envie de jouer comme des gamins à certains moments, mais, ce qui est significatif, ils en ont besoin pour contrebalancer les énergies investies dans leur travail. Comme nous l’avons montré au chapitre 5, dans le cas de « la rabat-joie », nombreuses sont les femmes qui comprennent mal ce désir de jouer, de s’amuser et même d’être stupides. Des hommes nous ont dit que leur femme se sentait menacée par leur attitude ludique, qu’elle ne pouvait pas admettre qu’ils puissent être à la fois forts, solides et mûrs, et gamins à d’autres moments. Mais ils ont besoin de jouer, et pas seulement avec leur maîtresse ou leur compagne — ils ont également besoin de temps et d’espace pour être des gamins avec leurs copains. Ce qu’y trouvent les hommes, c’est une détente et la possibilité de replacer leur vie dans un contexte plus équilibré. Les femmes compréhensives reconnaissent aussi bien le besoin des hommes d’être sérieux que d’être jeunes et parfois stupides.

Le besoin d’être un héros.

De toute éternité, les hommes se sont définis en termes de capacité à prendre des risques, à être courageux et héroïques. Dans les temps modernes, ces thèmes sont souvent repris, sous forme substitutive, dans des livres ou des films ; il est rare dans notre monde technologique complexe de rechercher des tâches ou des voyages exigeant de l’héroïsme. Néanmoins, agir avec courage, oser ce pas qui peut conduire à l’échec et même au danger physique, cela fait partie des rêves que chérissent en secret les hommes. Aujourd’hui, il est presque impossible à un homme de se trouver dans une situation héroïque, qui suppose qu’il prenne des risques, qu’il mette en jeu son honneur et qu’il n’ait pas peur. Dans une société où la plupart des efforts sont du domaine matériel, interdépendant et souvent anonyme, l’acte héroïque ou courageux n’est pas à la portée de tous. Dans notre siècle, la guerre et la sexualité ont souvent été les seuls terrains où cet aspect de la virilité pouvait s’exprimer. Heureusement, la notion de « bonne guerre » est depuis longtemps dépassée. Et la révolution sexuelle a rendu caduque la conquête sexuelle de la femme comme critère de « virilité ». Par le passé, les hommes définissaient en partie cette virilité en fonction de leur aptitude à séduire les femmes. Mais, lorsque la révolution sexuelle égalisa les règles, les hommes reculèrent. Dès qu’ils réalisèrent que leur compagne avait des appétits sexuels équivalents aux leurs, et parfois même plus grands, et qu’ils devaient s’efforcer d’être de bons amants, la conquête sexuelle rejoignit la chasse au dragon dans les oubliettes. Le sentiment de contrôle que la séduction donnait aux hommes fit place à la prise de conscience qu’on attendait d’eux responsabilité et efficacité en la matière. Pendant ce temps, les mouvements féministes mettaient fin à la domination masculine dans le monde du travail, Les femmes firent la preuve qu’elles pouvaient s’acquitter de presque toutes les tâches que les hommes remplissaient, aussi bien sinon mieux qu’eux. Elles devinrent membres de clubs qui, auparavant, n’admettaient que des hommes, furent élus au Sénat et devinrent candidates à la présidence de la République. Elles participèrent activement à tous les domaines du monde du travail, depuis les programmes spatiaux jusqu’au Conseil des ministres. Les reporters sportifs envahirent même les vestiaires! Quel est le terrain de confrontation qui appartient encore exclusivement à l’homme? Comment les hommes peuvent-ils se définir d’après les concepts traditionnels de la masculinité ? Peut-être ne leur sera-t-il plus jamais possible de faire montre de ces qualités de bravoure, mais la plupart d’entre eux, consciemment ou non, obéissent encore à cette quête.